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Extrait de Crozada d'Uèi

(Le Grand Slam…)

croisades


De nous être inconnu - à nouveau non seulement

Pixelman : Il est vrai, il est vrai que tout cela est loin

De nous être inconnu - à nouveau non seulement

L’agression, les incendies, les massacres,les coups bas,

Les prises d’otage, les déportations en masse,

Mais la terrorisation-pacification, l’alibi religieux

Pour la torture, la scarification des consciences,

La mise en coupe réglée, le double jeu des puissances,

Envahissant pour sauver, ne secourant que pour perdre,

La prétention à l’usurpation au nom du droit de Dieu, 

Devenue cache-sexe humanitaire, un même écran de fumée,

-

Fanjeaux, Cabaret, Béziers, Srebrenica, Sarajevo, Londres, Paris, Vienne…

Autres temps, autres histoires, mais toujours cette même haine :

De l’ouverture, de l’échange, de l’hybride, du complexe,

De l’autonomie, de la mobilité, de la différence,

Tout cela, il est vrai à nouveau, est loin, très loin

De nous être inconnu - avec par dessus tout

Ce souffle glacial qui balaye les structures,

Les hommes, les femmes de gouvernance, trop humains

Que l’on diffame, que l’on caricature, que l’on incrimine,

Que l’on brûle en place publique, que l’on assassine,

Parce qu’ils n’ont pas voulu trancher dans la chair vive

De la différence, arracher le bon grain avec l’ivraie,

Couper le membre sain en même temps que le gangrené

Avec le ton larmoyant des bourreaux de la pitié.

- Tout cela est loin, très loin de nous être étranger.

Puis les populations mutilées, orphelines, prises en otage,

Répandues sur les routes, se terrant dans les forêts,

Martyrisées, pleurant de faim et d’angoisse et de rage,

La mise au pas et sous surveillance dès l’aube de la vie

De tout accès libre aux puissances de poésie,

De tout accès à la vision, à l’autonomie intérieure,

De tout accès non taxé à l’extase, à la spiritualité libre,

De toute tentative de changer la syntaxe du cerveau,

De tout recours non balisé à l’expérience créatrice.

(Ceux qui chassèrent Montanhagol, de Péguilhan, Figuera...).

La mise au pas moraliste, le soupçon sur le sexe,

La flétrissure du désir, l’avilissement de la chair

Par le tonsuré qui, telle chenille processionnaire

Pond au sein des lignages ses larves mortifères,

Enfermant le désir dans les alambics de l’enfance,

Nous le voyons de retour, nous ressentons son souffle

Sur nos nuques qui se courbent, l’interdit subtil

Sur la femme qui s’insurge, ne serait-ce in extremis,

Contre le piège de nature, l’enfermement reproducteur,

La mise au pas de la Dame, initiatrice du chant,

Partie prenante du jeu libre, responsable d’amour,

La lapidation, le bûcher pour la femme de lumière,

Nous le connaissons, nous pouvons en témoigner,

Tout cela, nous le savons, nous recommençons à le savoir,

Comme un rayonnement fossile au fond des cœur- corps,

De nos corps-âmes, de nos vies-consciences,

Ce dont nous commençons à peine à nous remémorer

- A peine une trace, une blessure secrète

Au fond de nos corps- cœurs - tout cela, nous ne faisons

Que commencer à peine à nous le rappeler,

A déjà eu lieu,

Ici…