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D'un sirventes far ('Serventes contre Rome')

roi.eveques

Guilhem Figueira

Texte de référence pour la création du spectacle.

En projet de composition musicale pour Crozada d’Uei.

Traduction de  Patrick Hutchinson.

 

 

 

De faire un serventes

Sur cet air qui me plaît bien,

Je ne veux plus m'attarder,

Ni traîner plus longtemps.

Mais sais sans nul doute

Que malveillance m'en viendra

Si je fais mon serventes

Sur ce faux-nez, enjôleuse

De Rome, laquelle est

Tête de la déchéance

Où déchoit tout bien.

Je ne m'étonne guère,

Rome, si le peuple erre

Car avez entraîné le siècle

Dans la peine et en guerre,

Et par vous, mérite et pitié

Sont morts et sous terre.

Rome trompeuse, de tout mal êtes

Guide, racine et sommet,

Car par vous a été trahi

Le bon roi d'Angleterre.

 

Rome tricheuse, la cupidité

Vous joue des tours

Car à vos pauvres brebis

Vous tondez trop de laine.

Puisse le Saint Esprit

Qui reçut chair humaine

Entendre ma prière

Et vous briser le bec.

Rome, plus de trêve

Car êtes fausse et perfide

Envers nous et envers les grecs.

 

Rome, aux pauvres pécheurs

Vous rongez la chair et l'os.

Vous conduisez les aveugles

Avec vous dedans la fosse,

Mais vous outrepassez, Rome,

Les commandements de Dieu,

Et parce que votre cupidité

Est insatiable, vous pardonnez

Les péchés pour des deniers.

Rome, de quel lourd fardeau

De mal vous vous chargez !

 

Rome, vous le savez bien,

Votre méchant baratin

Et votre incurable folie

Firent perdre Damiette.

Vous gouvernez mal,

Rome : que Dieu vous abatte

Dans la déchéance

Car votre domination

Ne vient que de l'argent,

Rome, de mauvaise réputation

Et sans parole certaine.

 

Rome, en vérité, je le sais

Sans l'ombre d'un doute

Que par le miroitement

Du faux pardon

Vous livrâtes au tourment

La chevalerie de France

Bien loin du Paradis,

Et le bon roi Louis

Rome, vous l'avez occis,

Car vos fausses prédications

L'ont fait sortir de Paris.

 

Rome, aux sarrasins

Vous portez peu de coups,

Mais les grecs et les latins,

Vous les livrez au carnage.

Dans le feu de la Géhenne,

Rome, s’établit votre siège

Et dans la perdition.

Que Dieu ne me donne jamais

Part, Rome, au pardon

Ni à la croisade

Que vous appelez sur Avignon !

 

Rome, sans justification

Vous avez tué maints gens.

Cela ne me dit rien de bon,

Vous tenez voie torse

Et du salut, vous obstruez,

Rome, bien la porte.

C'est pourquoi, hiver comme été,

Celui qui suit vos traces

Prend bien mauvais chemin,

Car le diable l'emportera

Dans le feu de l'enfer.

 

Rome, si l’on veut vérifier

Le mal qu’on dit de vous,

Il n’est que de voir de quelle façon

Torturez les chrétiens en cachette.

Mais dans quelle écriture,

Rome, trouvez-vous que l’on doive

Massacrer les chrétiens ?

Dieu, qui est notre vrai pain

Et notre bien quotidien

Me donne de voir arriver

Ce que je souhaite aux romains.

 

Rome, il est clair et manifeste

Que vous avez trop la frousse

Des indulgences perfides

Que promîtes contre Toulouse.

Vous vous rongez trop les ongles,

Comme atteint par la lèpre,

Rome, semeuse de discorde, mais si

Le comte valeureux survit

Deux ans, il en cuira à la France

D'avoir cru à vos basses oeuvres.

 

Rome, votre forfaiture

Est si énorme que désormais

Ni de Dieu ni de ses saints,

Vous ne faîtes plus aucun cas,

Et vous gouvernez si mal,

Rome fausse et friponne,

Qu'à cause de vous s’occulte,

S’amenuise et se confond

Le joi de ce monde.

On connaît votre démesure

À la guerre implacable

Que faites au comte Raimond.

 

Rome, que Dieu l'aide et lui donne

Force et pouvoir de tondre

Ces français, de les écorcher

Et d’en faire passerelle et pont,

Lorsqu'on en viendra aux mains !

Et je serai bien content

Rome, lorsque Dieu se rappellera

De l’immensité de vos torts,

Et, si c’est Sa volonté,

Qu'Il tire le comte d'affaire,

Le sauvant de mort et de vous.

 

Rome, je me console, car

D'ici peu, aurez votre du,

Si l'adroit Empereur

Mène habilement sa barque

Et fait ce qui est prévu.

Rome, en vérité je dis

Que nous verrons bientôt

Déchoir votre puissance ;

Rome, puisse le vrai Sauveur

Me donner de le voir bientôt !

 

Rome, par soif de lucre

Commettez maintes bassesses,

D’inqualifiables tracasseries,

Et des félonies sans nombre.

Vous la voulez tant,

Cette domination du monde,

Qu’en rien vous ne craignez

Ni Dieu ni ses interdits ;

Le mal que vous faites dépasse

Par dix fois, je le vois bien,

Tout le mal que je pourrais en dire.

 

Rome, si vous avez la griffe

À ce point crochue, c'est pour

Que rien de ce que pouvez tenir

Ne puisse vous échapper.

Si d'ici un peu de temps

Vous ne perdez votre pouvoir

Le monde est déchu

Et mort et vaincu

Et valeur confondue.

Rome, votre Pape est bel et bien

L’homme d’un tel miracle !

 

Rome, Celui qui est lumière

Du monde, vraie vie

Et vrai salut, vous récompense

D’un sort bien mauvais

Pour le mal criant que faîtes,

Dont s’exclame le monde entier  !

Rome déloyale, racine

De tout mal, au feu infernal

Brûlerez sans nul doute, si d'ici peu

Ne changez de plan.

 

Rome, on peut bien vous accuser

À cause de vos cardinaux

Qui partout font répandre

Des paroles de péché criminel,

Alors qu'ils ne pensent

Manifestement qu'à une chose :

Comment vendre à bas prix

Le Bon Dieu et ses amis ;

Rome incorrigible, c'est grand ennui

De devoir subir et entendre

Vos prêches insipides.

 

Rome, je suis mal dans ma peau

Car votre pouvoir monte

Et je crains qu'un grand malheur

Ne nous confronte à nouveau,

Car vous êtes abri et tête

De honte et de tromperie,

Et source du déshonneur ;

Rome, vos bons pasteurs

Sont de faux tricheurs,

Et qui accepte de traiter avec eux

Ne garde pas la tête sur les épaules.

 

Rome, travailler pour le mal

Est ce que le Pape fait

Lorsqu'il dispute à l'Empereur

Le droit à la couronne,

L'accusant d'être hérétique,

Puis à ses ennemis pardonne.

Car une telle absolution

Qui déroge à la raison

Ne peut être bonne;

Par avance, celui qui la défend

Demeurera bouche bée.

 

Rome, le Glorieux qui pour nous

Souffrit les affres de la mort

En croix, vous étrenne de malheur

Car voulez tous les jours

Aller bourse pleine,

Rome, de mauvais aloi ;

Vous placez votre coeur

Là où est votre trésor,

Ce dont la cupidité vous mène

Droit au feu qui ne meurt.

 

Rome de l'ulcère puante

Que vous avez dans la gueule

Naît ce pus dont le mal mord,

Ce dont s'étouffe et se meurt

Toute la douceur du coeur,

Ce pourquoi le sage tremble

Quand il voit et reconnaît

D'où vous vient ce venin mortel

(Rome, elle vous coule du coeur !)

A vous en remplir les mamelles.

 

Rome, j'ai toujours entendu dire

Que vous aviez la tête creuse

A force de la faire raser ;

C'est bien la raison pour laquelle

Je pense et je crois

Qu'on ferait bien de vous

Retirer, Rome, la cervelle,

Car vous-même et Cîteaux,

Vous portez un bien vilain chapeau,

Depuis qu'à Béziers vous avez fait

Une si étrange boucherie.

 

Rome, avec de miroitantes

Apparences tendez votre toile,

Car maints mauvais morceaux

Enfournez, là où d’autres jêunent.

Visage d'agneau montrez

A l'extérieur, mine benoîte,

Alors qu’au dedans n’êtes

Que loup rapace, serpent couronné

Engendré sur une vipère,

Ce pourquoi le diable a soin de vous

Comme de ses compères.