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Serventes Novel (Serventes à Dieu)

PERDIGON

Peire Cardenal : Serventes Novel...

 

Texte de référence pour la création du spectacle.

En projet de composition musicale pour Crozada d’Uei.

Traduction de  Patrick Hutchinson.


Je veux commencer un serventes inouï

Que je réciterai au jour du jugement

Devant qui me fit et me forma de rien.

S’il fait mine de vouloir m’accuser

Et de m’enfermer en sa diablerie,

Lui dirai : ‘Seigneur, de grâce, pas ça, non !

Le monde mauvais m’a tourmenté toute ma vie,

Des tortionnaires d’en bas, épargnez-moi, vous prie !’

Toute sa cour sera dans l’étonnement

Quand ils entendront mon plaidoyer,

Car je soutiens qu’envers les siens il faillit

S’il les veut détruire ou mettre en enfer.

Qui perd ce dont il pourrait faire affaire

Mérite de passer d’abondance à disette

Car il convient d’être doux et généreux

Pour retenir les âmes au moment du passage.

 

Il ne faut surtout que vous barriez votre porte,

Car Pierre, qui en est le saint portier,

En reçoit trop de honte ; toute âme qui le désire

Doit pouvoir y entrer le rire aux lèvres,

Car nulle cour ne peut se dire accomplie

Où les uns pleurent et les autres rient,

Et tout souverain roi puissant que soyez,

Si ne m’ouvrez, compte vous en sera demandé.

 

De vous je ne veux me désespérer ;

Bien plutôt, je place en vous tout mon espoir

Que me défendiez au moment du trépas

Et que sauviez et mon âme et mon corps.

Vous mets en mains un excellent marché :

Ramenez-moi là où j’étais avant de naître

Ou pardonnez les torts que j’ai du commettre ;

Je ne les aurais point faits sans avoir vu le jour.

 

Avoir le mal ici bas et ensuite l’enfer,

Selon ma foi, ce serait tort et péché,

Car pourrais bien vous intenter le procès

Que pour un bien j’écope d’un mal infini.