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Le récit, de Béziers à Toulouse...

 

Crozada d'Uei I
Béziers - Muret - Le procès Innocent III

Pixelman, preśentateur charismatique d’une chaîne de télévision indépendante, arrive tôt le matin dans une ville du Midi avec son équipe, pour diffuser en direct un épisode de sa célèbre émission « La vie comme si vous y étiez ». Quelle ne sera pas sa surprise de rencontrer et de pouvoir interviewer, en direct, divers fantômes du passé, dont certains de Sommières même : un célèbre écrivain, Lawrence Durrell, et un seigneur féodal, Bermond de Sommières, mais également, depuis tout le Languedoc et toute la Provence : hérétiques, évêques, inquisiteurs, historiens, poètes, écrivains qui se sont parfois trompés de siècle, dames énigmatiques, équivoques ou rebelles, chanteurs, acrobates, jongleurs !!!


 

Crozada d'uei II
Le Siège de Beaucaire

Dans le contexte dramaturgique de l'émission télévisée de la partie I, la seconde partie raconte le retour en Provence du Comte Raimon VI de Toulouse et de son fils Raimon VII en 1211, avec le soulèvement d’une bonne partie des barons provençaux en leur faveur, suivi du fameux Siège de Beaucaire où les chevaliers provençaux et le peuple de Tarascon/Beaucaire se sont battus, jusqu’à ce que les galères municipales de Marseille leur viennent en renfort par le Rhône (en chantant au rythme des rames, dit la Chanson de la Croisade). Il s’agit, du point de vue méridional et raimondin, le moment le plus lumineux et chargé d’espérance de toute la Croisade.

 Ainsi, plusieurs personnages s’efforcer de mieux éclairer le second siège de Toulouse : Hervé, grand reporter et correspondant pour la chaîne au treizième siècle, le commentateur Lawrence Durrell, des invités de marque tels le Poète, Raimond VII de Toulouse, l’Évêque Foulque, Alazaïs de Roquemartine, Brunissen de Penne d’Albigeois et bien d’autres troubadours, trobaïritz et hérétiques, et jusqu’au grand Jean Jaurès lui-même (en compagnie de Rosa Luxembourg).

 Voyant dans ce drame du XIIIème siècle des similitudes frappantes avec de nombreux événements qui marquent notre histoire la plus proche, ils ne manquent pas d’en ressusciter, aussi, la mémoire. Et d’éclaircir, au passage, quelques énigmes locales telles que la trouvaille des « Éperons dorés » ou le drame de « la Source de Giscel »…

 


 

Crozada d'Uei III

Dans le contexte dramaturgique de cette émission télévisée, est raconté, à la suite du massacre de Béziers (Juillet 1209) et du désastre de Muret (1213) et en français et en occitan, le premier siège et la reddition de Toulouse. En dépit de cela et notamment grâce à la reprise de Beaucaire par les deux comtes de Toulouse, père et fils (Partie II), l’étoile politique et militaire de Simon de Montfort et de ses fils, ainsi que celle de la plupart de leurs proches compagnons croisés, va aller en déclinant, ce qui nuance grandement les idées reçues. Ignoré et pourtant relaté avec éclat et brio par l’Anonyme, le fameux auteur incognito de la deuxième partie de la Chanson de la Croisade, un événement de ce développement est capital : le deuxième Siège de Toulouse, que, précisément, la troisième partie de Crozada d’Uei met en scène, en voix et en musique.

 Malgré la démolition des remparts de la ville sur ordre de Montfort dès 1214, le Siège de Toulouse conduit la population de Toulouse (l’adreitz valen poble, dit la Chanson), toutes classes sociales et les deux sexes confondus, à se transformer en « Commune insurrectionnelle » avant la lettre (« l’Universitas » de Toulouse). Un soulèvement populaire général est organisé contre l’Occupant, dit le « Seigneur Postiche », donnant lieu à des batailles de rue et des scènes de guérilla urbaine dignes d’un film de Kurosawa. S’ensuit la scène dramatique de la mort du chef des Croisés, Simon de Montfort lui-même, tué sous les défenses de Toulouse par un boulet de catapulte tiré par une équipe de femmes (la Chanson insiste là-dessus).

 Ce point culminant de la partie de l’Anonyme vient achever (comme il achève et fixera la réputation de son objet pour les siècles) le fameux contre-éloge ironique de Monfort en tant que chrétien modèle et Paladin de la foi, un des sommets indépassables de l’art lyrique des troubadours et de toute la littérature d’oc. Ainsi, paradoxalement, cette partie débouche non pas sur la défaite et l’humiliation de l’Occitanie, mais sur celles des Croisés et de leurs chefs rapaces. Sous la conduite retrouvée et plutôt inspirée du jeune comte Raimond VII, elle donne lieu à une bonne dizaine d’années d’indépendance constructive (voyant naître notamment les premières « Bastides »), de relative liberté religieuse et politique et de… redressement.