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Le «déconstructionnisme» et les études cathares

Michel ROQUEBERT

MR1

 

Extrait de Les cathares devant l’Histoire
Mélanges offerts à Jean Duvernoy, sous la direction de Martin AURELL.
Textes rassemblés par Anne BRENON et Christine DIEULAFAIT
L’Hydre/éditions, Cahors, 2005. p. 105-133

 

Je n’exclus pas l’hypothèse que, sous peu,
quelque historien ou politologue révisionniste,
postmoderniste ou déconstructionniste, vienne
nous expliquer que le fascisme n’a jamais existé.

Emilio Gentile, Fascismo, storia e interpretazione.

 

Les études cathares ont vu se développer, ces dernières années, une méthode et des propositions de travail propres à bouleverser en profondeur, à la fois, les repères et la finalité des recherches en cours sur les hérésies médiévales, tout particulièrement sur le catharisme occitan, mais aussi sur le concept même d’hérésie. Un rapide examen critique de la démarche et des conclusions de cette nouvelle histoire doit nécessairement commencer par la définition de son maître mot, la déconstruction. On le trouve sous la plume de Michel Lauwers, dans sa contribution à une rencontre organisée à Nice en janvier 1996, et dont les actes ont été publiés en 1998 dans un volume dirigé par Monique Zerner, Inventer l’hérésie ? Discours polémiques et pouvoirs avant l’Inquisition. Le mot de déconstruction avait été repris par Robert Moore dans la postface qu’il avait donnée à ce même ouvrage.

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‘Le Monde était changé à tout jamais’ - La ‘Croisade des Albigeois’ et l’invention européenne du Génocide

Par Mark Gregory Pegg

appel_pape_Innocent_III_Croisade_contre_AlbigeoisJuillet 2009 a été le huit centième anniversaire du déclenchement de la ‘Croisade des Albigeois’. Nous n’ignorons pas qu’un grand débat, à la fois épistémologique, historiographique et politique est actuellement en cours autour de cet objet central pour la compréhension de la formation de l’État en France.

Dans un livre récemment paru à l’Oxford University Press, l’historien américain Mark Gregory Pegg, se basant sur des travaux novateurs développés aussi bien en France (J. Chiffroleau, M. Zerner, J. Thiery, J-L Biget) que dans le monde universitaire anglo-saxon (R.I. Moore) se fait le porte-parole de vues originales qui, tout en ralliant des théories dé-constructionnistes quant à l’existence du Catharisme, sont dans son cas très loin de reléguer cet incontournable drame historique (notamment en France) dans les oubliettes et les évènements minorisés de l’histoire. Cependant, on ne peut guère nier que le livre de Pegg, même s’il peut sembler schématiser ou simplifier parfois, frisant l’essentialisme ou le relativisme culturel, possède l’immense mérite de poser le problème de cet événement dans toute sa dimension, en soulignant son actualité plus que jamais brûlante pour nous autres français et européens. Nous proposons donc ici un extrait de la conclusion de l’ouvrage de Pegg en avant- traduction inédite, afin de poser déjà quelques premiers jalons, et en tant que prise de date de passionnants futurs débats.

La ‘Croisade des Albigeois’ a bien été i'instigatrice du génocide en occident grâce à l’établissement d’un lien inexpiable entre salut divin et meurtre de masse, c’est-à-dire qui transmue le massacre à grande échelle en acte d’amour assimilable au sacrifice du Dieu chrétien sur la croix.

 

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