A+ A A-

Bernart Sicart de Maruejols : Ab greu cossire

Image LHL8

Ab greu consire [PC 67, 1]
Bernart Sicart de Maruejols, trobador lozèrien (XIII° siècle)
Source : Martin de Riquer, Los Trovatores, vol. III, p. 1203
Edition : Raynouard
Texte de référence pour la création de ‘LE CRI’ (reprise de Crozada d’Uei IV en cours)
Traduction Patrick Hutchinson

En grave souci
Me vient un chant cuisant.
Dieu ! Qui peut dire
Ni savoir le tourment ?
Quand je réfléchis,
Ma pensée coule par le fond.
Ne saurais écrire
Ni dire mon écoeurement ;
Je vois le monde basculer :
On corrompt la loi
Les sacrements et la foi ;
Chacun cherche à dépasser
Son voisin en agressivité,
De le tuer avec soi,
Sans raison et sans droit.

Ah, Toulouse et Provence
Et la terre d’Argence,
Béziers et Carcassès,
Qui vous a vus et qui vous voit !


Tous les jours je m’enrage
Et la fureur m’anéantit,
La nuit je soupire
En veillant dans mon lit ;
Où que je me retourne
J’entends les braves cons
Qui vont donnant du « Sire !»
Aux français humblement.
Les français ont de la pitié
Si on leur ouvre nos celliers grands,
Car d’autre droit je n’y vois.

Ah, Toulouse et Provence
Et la terre d’Argence,
Béziers et Carcassès,
Qui vous a vus et qui vous voit !

Les chevaliers,
Hospitaliers ou Templiers,
De quelque ordre que ce soit,
Ne m’offrent joie ni répit.
Champions en tromperie
Je les vois, pleins d’orgueil,
Adeptes de simonie,
Confits en propriété.
Ne sera jamais agréé
Qui n’est riche à souhait
Ou de grands biens l’héritier ;
Ceux-là ont la bombance,
Bien-être et bonne chance ;
Ruse et trahison
Sont toute leur religion.

Ah, Toulouse et Provence
Et la terre d’Argence,
Béziers et Carcassès,
Qui vous a vus et qui vous voit !

Libéral clergé,
Grand bien dois dire de vous ;
Si j’en avais la liberté,
J’en dirai deux fois plus ;
Vous suivez la droite voie
Et l’enseignez à tous ;
Et qui bien se conduit
Ira droit au Paradis.
Je ne vois rien que vous gardez
Qu’aurez pu donner,
Car vous haïssez cupidité,
Et vivez en austérité,
Sans confort ni jouissance…
Mais puisse Dieu me protéger,
Si j’en disais le vrai !

Ah, Toulouse et Provence
Et la terre d’Argence,
Béziers et Carcassès,
Qui vous a vus et qui vous voit !

Comme l'homme sauvage
Qui chante par mauvais temps,
C’est ainsi que je chanterai
A partir de maintenant ;
Puisque Paratge
S’en va en s’avilissant,
Et bon lignage
Déchoit en se faussant,
Que le mal va croissant
Et les barons à reculons,
Trompeurs qui vont se trompant,
Menant valeur derrière
Et compromission première,
Riches veuls et mauvais
Et du mal bienheureux héritiers.

Ah, Toulouse et Provence
Et la terre d’Argence,
Béziers et Carcassès,

Qui vous a vus et qui vous voit !

Roi d’Aragon, s’il vous plait,
Par vous serai honoré et en paix.

 

Extraits

Nothing to show. You must configure the data source of the widget.