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Guilhem de Montanhagol: Non an tan dig

GM

Non an tant dig [PC]
Guilhem de Montanhagol, trobador toulousain (…1233-1268…)
Editeur : Peter Ricketts, p. 84 (VIII)
Texte de référence pour la Fin’Amors dans l’ensemble du spectacle Crozada d’Uei
Traduction Patrick Hutchinson

 Ils n'ont pas tant dit, les premiers Trobadors,
Ni fait d'amour,
Aux temps où l'on fut gai,
Que nous ne fassions plus de nos jours
De hauts chants,
Neufs, séduisants et vrais.
Car l'on peut dire ce qui ne fut jamais dit,
Sans quoi un poète ne fait pas ses preuves
Tant que son chant n'est vif, neuf et bien fait,
D’un art nouveau pour de nouveaux dires.

Mais en chantant mes prédécesseurs ont dit
Tant de l'amour,
Le redire se fait lourd.
Mais ce qui est neuf, c'est lorsque les instruits
Disent ce que nul
N’a dit ailleurs par le chant,
Et neuf, ce qui jamais ne fut entendu,
Et neufs, les thèmes non convenus,
Car amour, qui m'enseigne, me donne savoir
Et ce que jamais on ne trouva, je trouve.

Il me plaît de chanter quand je sais l'honneur
Qu’Amour me fait,
Et d'en donner la preuve,
Car telle reçoit mes louanges et mon chant
Qui est la fleur
De la beauté qui naît.
Et bien vous dis qu'on ferait mieux de croire
Que sa beauté est descendue du ciel
Car tant semble oeuvre de Paradis
Que sa forme ne paraît pas terrienne.

En une chose les dames ont grand tort,
Imposer à l'amour
De trop longs plaidoyers,
Et chacune quand elle sait son amoureux
Sans doute sûr,
Pêche de trop tarder ;
Si l'homme ne vit plus aussi vieux qu'autrefois,
Il convient que cesse la dure coutume
De trop faire languir ; et je crois que l'homme
Vivrait plus longtemps s'il jouissait d'amour.

Une femme signe sa perte à trop se faire hautaine,
Quand à l'amour
Appelée, elle se renferme ;
Car il est plus beau d'avoir un soupirant
Que par ailleurs
Garder un sale secret.
Car telles je sais, qu'on le croie ou non,
Dont on dit qu'elles font essais misérables,
Ce pourquoi amour choit et s'avilit
À cause d'elles et de leur impudeur.

J'aime et je sers où ne se voit guère
Ruse d'amour,
Ce pourquoi n'en dévie,
Ni ne le dois, car je la tiens pour la meilleure
Et la plus noble,
Ce qui m'attira vers elle ;
L'amoureux est bien fou de n'aimer en bon lieu,
À aimer bassement on se fait honte à soi ;
L’on ne doit son hommage qu'aux meilleures
D’où naissent valeur, merci et courtoisie.

Esclarmonde, Guide, ce que vous êtes,
Votre nom à chacune le fait bien savoir ;
Chacun des noms est précieux et parfait,
Le jour où on les prononce ne peut tourner mal.

Extraits

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