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Hommage à Jean Duvernoy

duvernoySource : www.catharisme.eu

Le CIRDÒC – Mediatèca occitana tient à rendre hommage à un auteur brillant, qui a grandement fait progresser la connaissance que nous avons du catharisme, mais également de la vie sociale et matérielle, des mentalités, de l’histoire des populations des pays d’Òc au Moyen âge.

Jean Duvernoy a passé sa vie à découvrir, transcrire et traduire de nouvelles sources médiévales. Il a également beaucoup contribué à les diffuser, en co-fondant le Centre d’Etudes cathares, en y déposant les archives de ses travaux, en contribuant à de très nombreux colloques et publications, en mettant en ligne quantité de sources inédites, afin de rendre ces matériaux accessibles au plus grand nombre de chercheurs.

L’istorian Jean Duvernoy (1917-2010) es mòrt a Tolosa lo 25 d’agost de 2010. Aviá 93 ans. Foguèt el qu’estudièt los registres de Jacme Fornièr, inquisitor, e que los revirèt en francés. Faguèt progressar la coneissença del catarisme.

D’origina protestanta luteriana, aquel istorian fòrça conegut mas modèste, veniá d’una familha del canton de Montbéliard. Pendent sos estudis de dreit a Grenòble, son mestritge del latin e sa capacitat de trabalh li donèron de claus per estudiar e entendre los documents del fons ancian de la bibliotèca municipala.
Mandat a Tolosa pr’amor de son trabalh de conselhièr juridic a EDF, rescontra Renat Nelli. Rescontra tanben de dominicans e lo mond de l’Institut catolic de Tolosa. Trèva los acamps ont los apassionats de catarisme s’amassan. Obtenguèt una letra de recomandacion de l’Institut Catolic de Tolosa per aver lo drech de consultar los archius del Vatican ont se tornèt copiar los registres de l’insquisicion de Jacme Fornièr (1326). Publiquèt lo tèxt latin en 1965 e la revirada francesa en 1978. Un trabalh de monge!
Mas aquel trabalh foguèt fondador. Jean Duvernoy faguèt far una mena de revolucion a las idèas a prepaus del catarisme. Emai foguèsse pas istorian de profession!

Òme discret e portaire d’una tolerància activa, obrèt al pus mai per tornar bastir la memòria de l’istòria dels paises e dels òmes d’òc. Li devèm una brava capelada e un vertadièr omenatge. Aquel òme èra un umanista, al servici de la coneissença, e nos faguèt present d’una òbra qu’inicièt tant e tant de cèrcas importantas.

A començat de tornar bastir una realitat. Totes los que i son venguts e que i vendràn li deuràn quicòm.

  • Biographie

Jean Duvernoy naît en 1917 dans le Doubs, à Montbéliard. Après des études de droit à Grenoble, il devient juriste. « Il mènera sa « carrière » […] en dehors du monde académique qui nous donne tant de sécurité et de temps pour la recherche, mais aussi une autorité et un prestige, dus à la seule institution, sur lesquels, nous autres universitaires tendons trop souvent à nous reposer à l’heure de faire valoir nos travaux, méthodes ou idées. Par contraste, la « marginalité » (ici encore entre guillemets) ou, sans mauvais jeu de mots, la « dissidence » de ceux qui entreprennent des recherches à l’extérieur de l’université ou des organismes d’investigation d’État a indéniablement ses avantages : elle est gage de liberté d’esprit. » (Martin Aurell, Les cathares devant l’Histoire : Mélanges offerts à Jean Duvernoy, Cahors, L’Hydre éditions, 2005).

C’est à Grenoble que Duvernoy entre en hérésiologie, à travers le cas des vaudois qu’il étudie dans les textes de la bibliothèque de Grenoble. Dès la fin des années 1950 il étudie le manuscrit latin 4030 de la Bibliothèque vaticane, le fameux registre d’Inquisition de Jacques Fournier, qui révolutionne depuis près d’un demi siècle notre connaissance de la société médiévale et qui ne cesse de nourrir de nouvelles approches historiques.

Depuis la publication du Registre d’Inquisition de Jacques Fournier (publication du texte latin, Toulouse, Privat, 1965 ; traduction française, Paris-La Haye, Mouton, 1977-78), Jean Duvernoy a publié, transcrit, diffusé des dizaines de sources précieuses. Il figure parmi les fondateurs et animateurs du Centre d’Etudes Cathares (Carcassonne), centre de ressources sur les hérésies méridionales, et de la revue Hérésies. Avec ses travaux, Jean Duvernoy a donné un nouveau souffle aux études sur le catharisme et les hérésies méridionales (cathares, vaudois, béguins). Sa synthèse sur le catharisme (Le Catharisme, 1. la religion des cathares ; 2. l’histoire des cathares, Toulouse, Privat, 1977-1979), prélude aux nouvelles recherches sur le catharisme (Anne Brenon, Gwendoline Hancke, Julien Roche, etc.), demeure une référence.

  • Le Registre d’Inquisition de Jacques Fournier, évêque de Pamier

En 1965, Jean Duvernoy publie à Toulouse chez Privat un document majeur pour la connaissance de la vie spirituelle et matérielle des populations pyrénéennes au lendemain de la Croisade, les procès-verbaux du tribunal de l’Inquisition que met en place l’évêque de Pamiers (futur Pape Benoit XII) dans les années 1318-1325. La publication de cette source peu ordinaire pour la connaissance du moyen Âge donna lieu, entre autres, au livre d’Emmanuel Le Roy Ladurie, Montaillou, village occitan, véritable best-seller – cas rare dans le domaine de l’histoire médiévale – qui popularisa le phénomène cathare.

Le registre de Fournier est conservé à la Bibliothèque vaticane. Il était connu au moins depuis le XIXe siècle mais demeurait inédit avant Duvernoy. L’originalité de cette source écrite tient beaucoup à la personnalité de l’évêque Fournier. L’évêque Fournier dirigea son propre tribunal d’Inquisition par méfiance vis-à-vis des dominicains qui dirigeaient les tribunaux de Toulouse et Carcassonne. « Là où les dominicains, à Lérida ou à Carcassonne, parvenaient tout juste à obtenir quelques maigres renseignements, les notaires de l’évêque avaient à copier des procès-verbaux longs de plusieurs pages. La plupart des interrogatoires étaient conduits par Fournier lui-même. En règle générale, il ne faisait pas torturer les interrogés. Il prenait leurs raisonnements théologiques au sérieux, même si ceux-ci lui inspiraient contrariété et répugnance. […] Devant l’évêque, beaucoup de témoins parlaient ouvertement de leurs expériences et réflexions personnelles, certains révélaient même leurs sentiments et secrets les plus intimes – en parlant par exemple de contraceptif ou de sorcellerie. » (Matthias Benad, « Par quelle méthode de critique de sources l’Histoire des religions peut-elle utiliser le registre de Jacques Fournier ? » in Autour de Montaillou, Cahors, L’Hydre éditions, 2001).

L’apport de cette source à l’histoire du Moyen âge occitan est immense. Le document donne une somme d’information inouïe sur la société pyrénéenne tout entière, des seigneurs aux bergers, leur travail et leurs loisirs, mais surtout leur système de croyances.

En plus de ce minutieux travail d’édition critique, Jean Duvernoy a publié de nombreux articles, dont certains ont été réunis dans le recueil Dissidents du Pays d’Oc, Cathares, Vaudois et Béguins, et ouvrages, dont Le Catharisme, aujourd’hui encore référence en matière d’histoire cathare.

  • Bibliographie indicative

Jean Duvernoy a publié huit livres généraux, une vingtaine d’éditions et de traductions de documents médiévaux, quatre-vingt articles, ainsi qu’une cinquantaine de recensions et de préfaces d’ouvrages. Vous trouverez une bibliographie complète sur le site internet de Jean Duvernoy (http://jean.duvernoy.free.fr).

Extraits

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